Histoire de la musiqueNotes de musicien

La forme sonate

Vous vous demandez comment écouter la musique ? Vous essayez d’analyser ce que vous entendez sans parfois avoir les bons repères. Sachez que l’une des clefs consiste à comprendre la structure, c’est-à-dire l’architecture d’une œuvre. C’est un peu comme si vous visitiez une immense maison avec différentes pièces. Voir le plan général avant d’y entrer pour comprendre la manière dont les différentes parties sont agencées facilite ensuite grandement la déambulation. Et en matière d’architecture musicale, il y a, à partir du 18ème siècle, une forme reine : la forme sonate !


#1 La forme n’est pas la sonate ! 

Avant toute chose, la forme sonate ne doit pas être confondue avec la sonate qui est, elle, un genre, même si généralement le premier mouvement d’une sonate est …de forme sonate ! C’est vrai que cela prête à confusion. La forme sonate classique s’est développée entre 1750 et 1830 environ. Elle est composée de trois parties appelées :

  • Une exposition (partie A)
  • Un développement (partie B) 
  • Une réexposition (partie A’) 

Chacune possède des caractéristiques bien particulières; le tout forme un seul et même mouvement. Cette forme permet de merveilleuses trouvailles musicales car elle n’est pas un carcan rigide, une sorte de moule figé, mais elle permet, au contraire, à la musique de se développer, de se dérouler dans le temps. Elle permet de raconter une histoire exclusivement musicale : 

  • pas de personnages, uniquement des motifs musicaux de différents caractères
  • pas de paysages, juste des tonalités. 

Vous allez comprendre… 

Une forme sonate peut-être monothématique (lorsqu’un seul thème est présenté dans l’exposition) mais elle est le plus souvent bi-thématique (deux thèmes y sont exposés.)


#2 Trois parties bien agencées

Voici deux exemples de plan de forme sonate bi-thématique, pour rendre tout cela à la fois plus concret et plus visuel :


L’exposition nous emmène de la tonalité principale à un ton voisin : 
  1. Le thème 1 (en bleu foncé dans l’illustration) est joué dans la tonalité principale de l’œuvre, puis il y a une courte transition (appelée pont) : 

– vers la tonalité de la dominante dans le cas d’une tonalité principale majeure (exemple : de do majeur à  sol majeur) 

– vers le majeur relatif dans le cas d’une tonalité principale mineure (exemple : de do mineur à mi bémol majeur)

  1. Le thème 2 (en bleu clair dans l’illustration du haut) est dans la tonalité de la dominante ou du majeur relatif

Il peut toutefois y avoir des variantes dans les tonalités lorsque la tonalité principale (thème A) est en mode mineur… 

  1. Dans certaines œuvres, apparaît ensuite une brève transition.
  2. L’exposition se termine par une cadence conclusive dans la tonalité de la dominante ou du majeur relatif.

Le développement nous fait voyager dans des tonalités plus éloignées :

Le développement, comme son nom le laisse présager, est le cœur du mouvement dans lequel le compositeur s’inspire des thèmes présentés dans l’exposition et propose de nombreuses modulations, avant le retour à la tonalité principale (il est en orange sur le schéma). C’était la partie que préférait Beethoven apparemment… vu la longueur du développement de certaines de ses œuvres ! 


La réexposition nous ramène, en douceur, dans l’univers de la tonalité principale : 
  1. Le thème A est réexposé ; puis on retrouve un pont qui reste cette fois dans la tonalité principale. 

Il existe cependant certaines œuvres dans lesquelles le thème A est omis et dans lesquelles la réexposition débute sur le thème B… C’est bon à savoir ! 

  1. Le thème B est réexposé, dans la tonalité principale.
  2. Enfin, une cadence conclusive réaffirme la tonalité principale, on parle de coda.  

Tout ceci est théorique, dans la pratique il est rare que les thèmes soient réexposés littéralement. Les compositeurs aiment enrichir la réexposition de variations thématiques ou de modulations inattendues qui forment un détour harmonique. C’est l’occasion de quelques surprises !

Vous l’avez compris, analyser une forme sonate nécessite quelques connaissances concernant les tonalités. C’est donc une bonne manière d’utiliser ce qu’on apprend dans ses cours de solfège… !

C’est en effet toujours le plan tonal qui permet d’identifier la forme sonate : 


#3 Reprise or not reprise. That’s a good question ! 

À l’origine, la forme sonate comportait deux reprises. La première concernait l’exposition et la seconde regroupait en une seule grande section le développement et la réexposition. Cette deuxième reprise a été progressivement abandonnée par les compositeurs, à partir de la fin du XVIIIème siècle…

Lorsqu’on a enregistré la musique du XVIIIème siècle, à l’époque moderne, on a décidé de supprimer ces reprises parce que la longueur des œuvres était limitée par le format des premiers disques… Aujourd’hui, ses contraintes techniques n’existent plus et certains chefs décident de réintégrer les reprises. N’en soyez pas surpris !


#4 La forme sonate au cours de l’histoire de la musique 

Elle découle des formes nées à l’époque baroque. À l’époque classique, la musique intègre de plus en plus de conventions, de règles, de normes et la forme sonate devient la forme quasiment inévitable de tous les premiers mouvements, et même parfois des mouvements suivants !   Elle est la forme par excellence du classicisme viennois, c’est-à-dire de Haydn, Mozart et Beethoven. On la trouve donc dans leurs sonates, dans leurs symphonies, dans leurs quatuors à cordes et dans leurs pièces de musique de chambre pour vents.

Au XIXème siècle, la forme sonate va s’étirer, s’étendre et être tellement modifiée par les compositeurs qu’elle va devenir de plus en plus difficile à identifier. Au nom de l’émotion, les romantiques vont la malmener ! Cette évolution s’amorce déjà avec Beethoven et Schubert. Tout le monde semble la trouver passée de mode au XXème siècle, sauf les compositeurs qui vont se dire néo-classiques et qui vont chercher à réutiliser des formes et des codes classiques. Les compositeurs soviétiques, surtout, parce que les genres et formes classiques permettent d’apaiser la suspicion des autorités… La forme sonate devient une astuce pour éviter la censure !

Et pour en savoir plus, ce petit livre est extrêmement pratique : 

André Hodeir, Les formes de la musique (Que sais-je? n°478), Paris, Presses Universitaires de France, 1951. 

Et il en existe une version plus moderne !


Pour visualiser l’ensemble grâce à d’autres schémas : 


Pour analyser un exemple concret avec la symphonie n°40 de Mozart en sol mineur K 550 


Rédactrice : Calamus Conseil

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