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Comment choisissons-nous notre instrument de musique ?

Comment et pourquoi décidons-nous d’apprendre à jouer de tel ou tel instrument ? Même si chaque personne a souvent une jolie histoire singulière à raconter, il peut être intéressant de tenter de répondre à cette question de manière globale, en dégageant quelques constantes.

Notes de musicien - Le blog d'Accordissimo - Comment choisissons-nous notre instrument de musique ?
Un ensemble de musique de chambre, cordes et vents, lors d’un séjour musical Accordissimo

La fascination pour le visuel

Certains sont attirés par l’éclat des cuivres et leur brillance, d’autres par le bois des instruments à cordes et la douceur de leurs courbes. À n’en pas douter, la forme même de l’instrument pèse dans la balance au moment décisif du choix. Les parents qui accompagnent les enfants dans cette étape peuvent tout à fait les aider à verbaliser ce qu’ils éprouvent face à tel ou tel aspect de l’instrument, notamment :

  • sa taille : Votre enfant est-il plus attiré par les petits instruments, légers, peu encombrants… ou préfère t-il les instruments plus imposants?
  • sa couleur : le blanc et noir d’un piano, les nuances de brun, le noir, l’argent…
  • sa matière : bois, métal, crins d’une mèche d’archet… 
  • sa texture : froide, lisse… 
  • son odeur, même… 

Un autre élément peut aussi entrer en ligne de compte : l’apprentissage se fera-t-il sur un seul objet ou pourra-t-il être multiple ? C’est le cas des percussions par exemple (marimba, batterie, timbales, triangle…) Autre question : le musicien en herbe aura-t-il son propre instrument ou devra-t-il, parce que l’objet est très lourd et difficilement déplaçable, jouer sur plusieurs instruments (piano, harpe…). Tout cela modifie considérablement le rapport intime qui se tissera avec cet objet ! Il y a, en effet, toute une rêverie possible autour de ces drôles de formes, de ces objets qui – avant même de produire un son – vont se transporter, se prendre en main et s’imposer à nous avec plus ou moins d’évidence.

Le son… bien sûr ! La question cruciale du timbre

À ces éléments visuels vont évidemment s’ajouter, au moment du choix, une considération sonore. Le son de cet instrument est-il grave ou aigu ? Doux ou éclatant ? Boisé ou cuivré ? L’instrument peut-il facilement produire des sons longs ou est-il davantage fait pour des sons percussifs ? 

Le genre musical qui met le plus en avant le timbre de chaque instrument est certainement le concerto de soliste : une page orchestrale, divisée en plusieurs mouvements de tempi contrastés et d’atmosphères différentes, qui met en valeur un instrument – et par voie de conséquence,le musicien qui est sur le devant de la scène. Le soliste dialogue avec l’orchestre : thèmes poignants, crescendi dramatiques, moments d’apaisement comme suspendus et hors du temps, tutti orchestraux ou relais de timbre, écritures homorythmiques ou passages contrapunctiques…

Il est intéressant, au moment du choix de l’instrument, de prendre le temps de découvrir les grands concerti qui forment le socle du répertoire de l’instrument en question.

Choisir un instrument, c’est choisir un répertoire :

Imaginez que chaque instrument possède une bibliothèque – ou partothèque- qui lui est dédiée. Elle est constituée d’œuvres phares, souvent virtuoses, difficiles techniquement et d’une multitude d’autres pièces que chaque instrumentiste va être amené à côtoyer… voire, après quelques années de pratique et diverses pièces pédagogiques, à sérieusement travailler. 

Voici quelques exemples. Le choix fut difficile, soyez curieux et promenez-vous dans tous ces univers sonores aussi virtuoses que poétiques. 

Le piano et Rachmaninov
Le violon et Mendelssohn
Le violoncelle et Schumann
La clarinette et Mozart
Le hautbois et Vivaldi
La trompette et Haydn
Le cor et Strauss

Il faut toutefois préciser que le nombre de concerti par instrument est extrêmement variable ; cela ne dit absolument rien de la qualité de l’instrument. Certains timbres sont extrêmement précieux au sein des orchestres, mais ne se mettent pas souvent sur le devant de la scène. Ce ne sont pas des instruments “stars”, mais ils sont indispensables au sein d’un ensemble et leur couleur est incroyablement importante pour la texture sonore orchestrale.

Oser l’étrange et l’inhabituel

Un enfant peut aussi être attiré par des instruments rares, moins connus, et cela peut d’ailleurs être une découverte pour toute la famille !
Précisons ici que, dans certains cas, il faut parfois apprendre un premier instrument avant de pouvoir s’initier à l’instrument dit “spécial” de la même famille. C’est par exemple le cas du cor anglais, qui n’est pas du tout de la famille des cors, contrairement à ce que son nom laisse deviner. Il faut apprendre le hautbois pour ensuite se spécialiser :

Des choix inconsciemment dictés par un imaginaire collectif fortement genré ou la leçon de la sociologie …

Hyacinthe Ravet montre, dans ses travaux universitaires, à quel point le monde de la musique est genré. Dans notre imaginaire collectif, le violon, la harpe, la flûte sont aujourd’hui associés au féminin, alors que les percussions, le tuba et le trombone sont associés au masculin.

Ces représentations ont une histoire. Les instruments à vent, très fortement connotés, ont pendant très longtemps étaient réservés aux hommes : le souffle qui transforme nécessairement les traits du visage, la force et la puissance requises, la posture.. Tout cela était évidemment bien trop inconvenant pour une femme ! Ce sont surtout la hauteur, le geste et le répertoire qui conditionnent le genre :

  • Les instruments aigus sont plus facilement associés aux femmes,
  • Les instruments graves sont associés aux hommes,
  • Souffler et frapper sont des gestes musicaux du côté de la masculinité,
  • Frotter (notamment grâce à l’archet) est du côté de la féminité,
  • La musique de chambre est plutôt féminine, ce qui nous renvoie à l’époque où les filles de bonne famille se devaient d’égayer la vie domestique en jouant du piano ou en chantant dans le salon…
  • La musique symphonique est plutôt du côté du masculin : puissance de jeu, mise en scène… Les orchestres ont d’ailleurs pendant très longtemps été quasiment exclusivement masculins
  • La pratique de la musique d’ensemble en extérieur a longtemps été exclusivement masculine, je pense notamment à la tradition des fanfares dans les milieux populaires… Pendant des décennies, aucune femme n’a eu sa place en leur sein !

Se dessinent donc très nettement, dans notre histoire, des formes de sociabilités différentes : les femmes restent dans des espaces intimes et pratiquent une musique d’intérieur, quand les hommes jouent collectivement et à l’extérieur. Toutes ces pratiques sociales historiques conditionnent encore aujourd’hui – même si les choses ont évidemment beaucoup évolué – notre imaginaire musical collectif. Le monde de la musique savante est, malgré tout, plus féminin que d’autres univers, le rock ou le jazz notamment.

Certains indices prouvent que la musique est encore de nos jours très genrée. Promenez-vous dans les salles d’un conservatoire et regardez les affiches. Vous n’y verrez certainement que des portraits de compositeurs et, dans les salles réservées aux cours d’instruments, beaucoup d’hommes musiciens en costume noir et chemise blanche placardés sur les murs.

Ayez conscience des constructions sociales qui sous-tendent tout cela et dépassez-les joyeusement, si le cœur vous en dit !

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