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À la rencontre de Christian Trézin, violoniste

Christian Trézin est violoniste amateur depuis 65 ans. Il a participé pour la première fois au séjour Accordissimo à la Toussaint 2021. Collectionneur de violons depuis peu, il dédie son temps libre à la restauration de violons. 

Christian Trézin au séjour musical de Toussaint 2021 © Cécile Manoha

Tout d’abord, quel est ton rapport à la musique ? Depuis quand pratiques-tu le violon ? 

Je pratique le violon depuis l’âge de 7 ans. J’ai cependant passé pas mal d’années à balancer entre des périodes d’abandon, de reprise, de pause.. J’ai débuté dans une toute petite école de musique puis avec des professeurs particuliers. Ensuite j’ai pratiqué seul la plupart du temps et pendant les derniers 25 ans je n’ai pas sorti mon violon de sa boîte. J’ai repris il y a 5 ans en m’inscrivant au conservatoire de Blois

Mon parcours n’est pas vraiment “standard”, puisque je n’ai jamais eu la possibilité de suivre une scolarité musicale normale. En fait, à l’époque, il n’existait pas vraiment de normes d’enseignement dans les petites écoles de musique. Et en plus, quand j’étais enfant, j’ai toujours habité loin des écoles de bon niveau, donc pas possible pour moi d’intégrer un conservatoire par exemple. 

J’ai commencé mon parcours musical en rejoignant une école de musique dans la Drôme, à Crest où nous habitions à l’époque. Mon premier professeur de violon était un arboriculteur qui exploitait des champs de cerisiers dans la vallée du Rhône ! Je n’ai pas vraiment souvenir d’autres élèves avec moi. Je me souviens simplement que le directeur de l’école qui dirigeait aussi l’harmonie municipale me disait que j’étais doué. Mais mes parents venaient d’un milieu rural très modeste et pour eux la musique ne représentait rien de sérieux. 

On a ensuite déménagé en Haute Savoie, à Bonneville et donc pas trop loin du conservatoire de Genève. Je m’y suis rendu une seule fois, pour rencontrer un “grand professeur” de violon, mais je ne m’y suis jamais inscrit. Mon père était toujours absent pour le travail et ma mère ne conduisait pas. Logistiquement parlant, ce n’était donc pas possible. On a finalement trouvé à Bonneville une professeur très sérieuse qui avait obtenu dans sa jeunesse un “prix de Paris”. 

Pendant mes 65 années de pratique, j’ai également été membre de l’Orchestre de Chambre de Marseille, j’ai joué en quatuor et au sein de divers ensembles de musique de chambre.

Et maintenant, depuis 5 ans, je suis inscrit au conservatoire de ma région à Blois. C’était un peu déstabilisant au début puisque je suis amené à jouer avec des élèves qui ont 60 ans de moins que moi…! J’ai donc repris avec un peu de malaise par rapport à ce contexte, mais progressivement, et avec l’aide de bons professeurs, j’ai vite progressé. Aujourd’hui, on fait d’ailleurs appel à moi pour divers projets de musique de chambre ou d’accompagnement. Je suis premier violon au sein de l’orchestre du conservatoire de Blois, mais je joue également au sein d’un trio avec deux professeurs de lycée qui eux aussi reprennent l’étude de leur instrument.

À l’origine, comment as-tu choisi le violon ? 

C’est plutôt ma mère qui m’a aidé à choisir cet instrument, mon père n’étant pas vraiment intéressé par la musique. Ma mère m’a dit qu’au départ je souhaitais jouer du piano. Mais c’était trop compliqué et trop cher d’avoir un piano à la maison. Alors on m’a proposé de faire du violon. Et comme l’école de musique dans laquelle j’allais m’inscrire pouvait me prêter un violon, c’est comme cela que j’ai commencé. 

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le violon ? 

Pour moi, le violon est un instrument prodigieux. Il possède des capacités sonores merveilleuses : chaque musicien a le pouvoir de créer sa propre sonorité, il faut être créatif pour faire du violon ! Ce que j’aime aussi, ce sont ses capacités d’expression, qui sont complètement différentes de ce que l’on peut retrouver dans le piano par exemple. La vraie expressivité du violon est dans l’archet. Et puis le répertoire est infini ! Concerto, orchestre, musique de chambre, il y en a pour tous les goûts. 

Tu parles de répertoire infini, mais y a t-il malgré cela des œuvres ou des compositeurs que tu préfères jouer ? 

Techniquement, je ne suis pas assez avancé pour jouer de la musique très contemporaine. C’est une musique qui demande une technicité très forte. Mais je vais faire quelques tentatives. J’aime surtout jouer de la musique romantique ou post-romantique. Pendant le stage de Toussaint, j’ai par exemple travaillé du Brahms avec Akel et Hélène, mais aussi du Tchaïkovski. J’aime aussi beaucoup Bach, notamment les sonates et partitas pour violon seul. Ce sont des œuvres à la fois terriblement difficiles, mais aussi tellement riches. 

À quelle fréquence pratiques-tu le violon ? 

Quand j’ai le temps, je peux travailler jusqu’à 4h par jour chez moi. Et en ce moment, j’ai en plus entre 5 et 7 répétitions par semaine avec les différents ensembles dans lesquels je joue. Et oui, les retraités sont débordés ! 

As-tu déjà joué d’un autre instrument ou eu envie d’apprendre un nouvel instrument ? 

Pendant un temps, je me suis mis à apprendre la guitare classique tout seul. J’arrivais à jouer correctement pour me faire plaisir, mais ma motivation est toujours restée sur le violon. 

Pourquoi participes-tu à des séjours musicaux ? Qu’est ce que cela t’apporte ? 

Ce qui me booste dans la pratique de la musique, ce sont les stages ! J’ai repris cette pratique en Août 2021 dans le Drôme. Ce stage-là m’a beaucoup plu et m’a également redonné un peu de confiance en moi. Une fois rentré de ce stage, j’ai tout de suite cherché à en refaire un. C’est comme cela que j’ai découvert Accordissimo. Je suis venu pour la première fois à la Toussaint 2021 et comme j’ai beaucoup apprécié, j’ai souhaité revenir cet Hiver. À Accordissimo, j’ai eu comme une impression de “zénitude”, tout était fluide et serein. L’organisation est super, on ne perd pas de temps et les rencontres que j’ai pu faire étaient vraiment chouettes. 

Christian en cours de musique de chambre © Cécile Manoha

La musique c’est ta passion et tu ne fais pas qu’en pratiquer. Tu me disais tout à l’heure que tu étais aussi luthier ? 

Oui tout à fait. Je n’ai jamais été collectionneur dans ma vie, mais maintenant, je peux dire que d’une certaine manière je suis collectionneur de violons. Je me suis formé à la lutherie, à la fois seul mais aussi auprès de luthiers. Il m’arrive encore aujourd’hui de faire des stages chez eux, pour étudier de nouvelles techniques ou poser des questions. Mais de nos jours, il existe aussi beaucoup de ressources sur internet. En tout cas aujourd’hui je peux dire que je suis luthier. Je ne fabrique pas, mais je restaure des instruments, que je ne vends pas en général ! Je prête mes instruments, à ma famille mais aussi à des instrumentistes que je connais. 

Comment choisis-tu un violon ? 

Lorsqu’il s’agit de choisir un violon à restaurer, je choisis en fonction des pathologies. J’aime bien acheter des violons avec beaucoup de dégâts, c’est plus intéressant à restaurer !

Si c’est pour jouer, on choisit en fonction des caractéristiques du violon. J’ai par exemple un violon sur lequel je joue depuis plus de 40 ans. J’en ai un autre, fabriqué en 2014, sur lequel je pratique beaucoup. Je l’ai acheté en 2016 car je souhaitais essayer autre chose. En ce moment, je suis sur le point d’acheter un nouveau violon qui a des qualités complètement différentes. Sa sonorité est très puissante. Mais peu importe le violon, j’aime essayer différentes cordes, tester différents réglages. J’aime beaucoup le travail du réglage sonore, cela te permet de vraiment découvrir ton instrument.

Quel est pour toi le mot qui représente le mieux Accordissimo ?

J’ai pensé à 3 mots : sérénité, concentration et échanges. Sérénité du fait de la bonne organisation des séjours. Tu ne te soucies de rien à Accordissimo. Et puis les lieux sont beaux. Concentration car du fait du cadre et de l’organisation, on met en pause tout le reste. Pendant le stage, je ne pense qu’à la musique. Échange puisque participer à un stage permet toujours de faire de belles rencontres.

Quel est ton plus beau souvenir de stage pour l’instant ? 

Au dernier séjour, j’ai beaucoup apprécié travailler avec Akel. Son côté très détendu, on parle, on rigole, mais c’est aussi très productif. C’est très agréable de travailler avec lui. J’ai aussi beaucoup aimé le travail avec Hélène. C’était calme, simple, mais elle sait mettre le doigt là où il y a un problème. 

Pour moi ce qui était également important avec ce stage, c’était de travailler sur ma gestion du stress. Et c’était un succès puisqu’à plusieurs reprises on m’a félicité ! 

À qui conseillerais-tu Accordissimo et pourquoi ?

Je conseille ces séjours à tous les jeunes instrumentistes qui ont besoin de sortir de leur coquille ! Ce sont des stages très intéressants pour progresser dans la pratique de son instrument mais sans être soumis à une grande pression. 

Mais je conseille aussi ces séjours à tous les adultes. En participant à un stage, on a l’opportunité de jouer avec des personnes ayant des parcours très variés, certains n’ont jamais fait d’orchestre ou de musique de chambre, mais cela t’apprend à t’adapter aux musiciens qui t’entourent.


Propos recueillis par Lauren Bauer

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